J'ai maintenant quitté Dakar depuis quelques mois. Le rythme fou de l'information et les coupures régulières de courant m'ont
dissuadé sur place d'aller au bout de ce carnet de voyage virtuel. Pourtant, dans mes valises, j'ai ramené des sons, des belles histoires, d'autres plus dures, des images et des coups de gueule
que je n'ai pas encore pu livrer. Je vais donc poursuivre cette route africaine depuis Bordeaux dans un premier temps. Avec un regard moins chaud, plus posé. Et vogue la
pirogue.
Dakar, 7 juin 2007
Table ronde sur la situation politique et économique de la Guinée-Bissau, en présence du ministre bissau-guinnéen des finances et de tous
les bailleurs de fonds.
Guinée- Bissau :
Minuscule pays au Sud du Sénégal.
1,5 millions d'habitants (càd rien, donc aucun intérêt).
Troisième exportatrice mondiale d'arachides.
Plaque tournante des narcotrafiquants entre l'Amérique du Sud et l'Europe.
Instabilité politique. Le gouvernement change tous les six mois en moyenne.
Etat, institutions et administrations en état de délabrement total. On y trouve même pas une prison. Les gardiens ont préféré installer leurs
familles dans le seul bâtiment carcéral, plutôt que de ne pas avoir de toit.
Les fonctionnaires ne sont plus payés depuis quatre mois.
Résultat, open doors, no limit.
A l'arrivée, la pompeuse réunion a duré cinq heures. Banque mondiale, FMI, ONU, bailleurs de nombreux pays du Nord n'ont discuté d'aucun
questions concrètes avec leurs interlocuteurs bissau-guinéens. Aucune mesure n'a été prise. Aucun engagement. Et combien de coca, de billets d'avion, de 4x4 avec chauffeurs déplacés pour rien.
Désespérant gaspillage et lenteur diplomatique.
Le long des routes, partout, la brousse se noircit de plastiques. Noirs, bleus, gris, blancs.
« Normal, me dit-on. Il n'y a aucune poubelle, aucune volonté politique et aucune éducation à la préservation de
l'environnement. Et puis, ici, les gens ont autre chose à faire qu'à réfléchir à la bonne manière de se débarasser de leurs déchets. »
Mais, à long terme, ces paysages de désolation risquent de coûter très chers au Sénégal, à son économie touristique, à ses enfants, à sa nature
encore préservée dans quelques rares endroits. Mais, le gouvernement ne mène aucun action de sensibilisation. Une petite équipe d'écolos se mobilisent grâce à l'énergie d'un homme, Ali
Haïdar. A suivre.
L,M,N,O,P,Q,R,S... prononcé « ès » et non pas « ss » dans l'alphabet. Ainsi, les Sénégalais rajoutent un è
devant un mot commençant par « s » suivi d'une consonne. Ce qui donne :
- Sophie, tu es en èstage ?
- Tu t'arrêtes à la èstation ou tu veux un èsky ? Etc.
Voyage de presse à Matam
Nord du Sénégal, au bord du fleuve Sénégal,
Région désertique à la frontière mauritanienne.
Bel accueil quatre jours après mon arrivée au Sénégal. J'accompagne pour le compte de l'AFP, deux ministres de la coopération sénégalais, l'ambassadeur de France avec une
joyeuse bande de journaleux. Arrêt poulet yassa vers 10h30 entre deux inaugurations de projets de développement financés par la coopération sénégauloise. Nous sommes accueillis chez le notable
local, initiateur d'un projet d'aduction d'eau. Dans son humble demeure, la pause pipi s'impose. Je découvre dans l'anti-chambre des toilettes bénies dans ce coin de désert, M. le
ministre. La porte du trône ferme à peine, toute brinquebalante.
- "Je vous tiens la porte, Mademoiselle ?"
- "Oui, merci!"
La coopération
franco-sénégalaise
Sénégal, 31 mai 2007 - 11 juillet 2007
Je passe de l'Est à l'Ouest. Je retrouve l'Afrique. Pas l'Afrique meurtrie des Grands Lacs, les collines burundaises et leurs verts bananiers. L'Afrique de l'Ouest. Dakar-la-grande balayée par
les vents de l'Atlantique. Là où la chaleur n'assomme pas, où les Sénégalais aiment à courir le long de sa corniche escarpée. Dakar et ses embouteillages, ses magasins chics juxtant les échopes
de bric et de broc, ses talibés - enfants des rues manipulés par les marabouts-, ses Libanais, ses commerçants chinois, ses calèches, ses taxis jaunes et noirs, ses vendeurs à la sauvette et ses
"champs élysées" en construction comme les rêvent Wade...
Un mois et demi dans cette pagaille que je tente de démêler calepin et micro en mains. Deux semaines à l'Agence France Presse, trois à Sud FM. Je vagabonde le reste du temps en
brousse.
Je laisse sur cette page des bribes de rencontres, quelques réflexions, des instantanés en images et de gentilles bizarreries.
